La réalisatrice nigérienne Aïcha nous parle de son film '' l’arbre sans fruits''

La réalisatrice nigérienne Aïcha nous parle de son film '' l’arbre sans fruits''

 

-Présentez-vous

Mon nom est Aicha  Macky, née le 08/01/82 à Zinder au Niger.

Je suis sociologue et réalisatrice de formation. Actuellement je suis volontaire au niveau d'un programme de l'USAID dénommé PDEVII où je forme des jeunes en technique de facilitation du cinéma mobile pour contrer l'extrémisme violent.

-Parlez-nous de votre dernier film‘‘ l’arbre sans fruits’’

En effet avant lui j'ai réalisé 2 autres films d'auteur ("Moi et ma maigreur" et "savoir faire le lit") respectivement à l'IFTIC/ NIGER  où j'ai fait mon master I et à l'université Gaston Berger /SENEGAL où j'ai fait mon master II. J'ai réalisé 3 autres films (‘‘Le dilemme de Binta", "Normes pour qui?" et "les rêves de hadjo") des commandes pour le compte d'une ONG Américaine PATH FINDER.

L'arbre sans fruit qui est mon premier film professionnel parle de la question existentielle de donner la vie. C'est un parallélisme entre l'histoire de ma mère morte en couche et ma propre histoire, femme parmi les mères.

Dans mon pays, le Niger, dans lequel le statut marital somme le couple à enfanter le plus tôt possible, ne pas avoir d'enfant est hors "norme".

Dans ce contexte, il est difficile de se soustraire du regard des autres et de la pression exercée sur les femmes. Mais la femme n’est pas la seule concernée, le couple aussi peut être mis en danger s’il ne répond pas aux exigences de la vie maritale.

Que se passe-t-il lorsqu’une femme est en situation d’échec quant à ce « devoir » exigé par son genre ? Comment cela interroge-t-il son rapport avec la communauté des femmes et son regard sur elle-même ?

Ce documentaire se conçoit comme un carnet de vie. Il trace l'évolution de mon rapport avec la maternité, et prend pour point de départ cette mère inconnue, dont je ne garde qu’une photo floue. A travers mon expérience personnelle, j'ai sondé le destin des femmes autour de l'enfantement - et recueilli le ressenti des femmes présumées infécondes.

-Etiez-vous seule à travailler sur votre  projet de film ?                                           

C'est un film d'auteur que j'ai écrit et réalisé mais il y'a toute une équipe qui a travaillé avec moi. Un film c'est aussi lever des fonds. C'est le travail de la production. J'ai été accompagnée par deux maisons de productions, une au Niger et une autre en France, respectivement "Maggia Images" et "Les films de Balibari". Il faut forcement des personnages sans lesquels il n y’a pas de film. Il faut aussi des techniciens. C'est l'Opérateur de Prise de Vue, c'est l'Opérateur de Prise de Son, c'est le monteur, c'est l'étalonneur, c'est le mixeur, c'est le compositeur de musique, c'est aussi le diffuseur c’est-à-dire la télé…

-D’où vient l’inspiration  pour le scénario du film ?                                                     

L'inspiration est née suite à des rencontres, des discussions autour du désir de maternité lors d'attente au niveau des cabinets de consultation.

-Pourquoi  le nom l’arbre sans fruits ?

                                                                                                                      

Il s'agit là d'une métaphore dans laquelle j'utilise l'image d'un arbre qui ne donne pas de fruit pour décrire le combat et les déboires des femmes qui se sont mariées et qui ne parviennent pas à connaitre le bonheur d'être mère.

                                                                                                                     

-Avez-vous eu à rencontrer des obstacles dans la réalisation de votre projet ?

Le seul obstacle c'est le désistement de certains de mes personnages à la dernière minute.

La thématique est tabou et les femmes ont peur de parler d'elles face à une caméra.

J'ai su faire de cet obstacle une opportunité en créant d'autres mécanismes. C'est l'émission radio, c'est la lettre…

-En tant que jeune femme nigérienne, avec cette ambition d’entreprendre, que pensez-vous de l’entrepreneuriat féminin ?

Je pense que c'est une bonne chose que les femmes prennent des initiatives visant à mettre leur leadership en valeur et créer par là une dynamique axée sur leur autonomisation et le développement de leurs communautés.

-Vous avez été sélectionné cette année,  parmi les jeunes leaders nigériens pour représenter le Niger aux états unis d’Amérique pour le programme du‘‘yali’’le Mandela Washington fellowship. Que pouvez-vous nous dire sur votre participation au‘‘Yali’’

Le YALI est pour moi une opportunité d'élargir mon réseau à l'international. C'est d'ailleurs le but recherché par le président OBAMA à travers ce programme qu'il a baptisé Mandela Washington Fellowship en hommage à la mémoire de Nelson MANDELA.

Parmi les 24 autres leaders de 23 pays Africains avec lesquels je prends cours en Civic leadership au sein de Wagner College de Staten Island, à New York, j'ai déjà ciblé quelques camarades avec lesquels je compte collaborer. Quelques-uns m'ont invité à assister à des activités qu'ils organisent dans leurs pays. C'est déjà un réseau qui se crée au niveau du continent. Il faut noter que c'est toute l'Afrique subsaharienne qui est présente à travers 1.000 jeunes inscrits dans les universités les plus prestigieuses des Etas Unis dans 4 domaines différents.

En dehors du renforcement de capacités que nous recevons à travers les sessions, il faut aussi noter les rendez-vous avec des potentiels partenaires identifiés par l'université ou par les YALI eux même selon leurs compétences.  J'ai eu l'occasion de faire une dizaine de rencontres avec des réalisateurs, des producteurs, des distributeurs de films et j'ai visité une maison de distribution et un studio à New York. Un bon début de collaboration a déjà commencé avec une grosse boite de distribution First Run Future qui compte distribuer mes films au niveau des Etats Unis.  

-Votre film ‘’ l’arbre sans fruits’’ était une réussite au titre du meilleur documentaire africain, au Africa Movie Academy Awards 2016, quel sentiment tout cela évoque chez vous ?

Pour moi, c'est un travail bien fait qui a été récompensé. Ce travail comme je l'ai déjà signalé c'est la conjugaison de plusieurs efforts, donc de toute l'équipe. Le temps de l'écriture m'a pris 2 ans. C'est à la troisième année que le film a vu le jour. Du début de l'écriture au copyright, le temps s'est écoulé. Il y a eu beaucoup de sacrifices de part et d'autre. Dieu merci le film a été soutenu par 4 fonds dont l'OIF, Le CNC France, la PROCIREP ANGOA et la région du PAYS DE LA LOIRE qui ont permis au film de se faire.

-Quelles sont vos ambitions futures dans le cadre de vos réalisations de films africain?     

Mes ambitions c'est de pouvoir faire 2 films par ans. Cela suppose avoir un fond, et, ce fond, je souhaite que l'Etat Nigérien le mette en place pour permettre à tous ses talentueux artistes de créer des œuvres de qualité. Cela aiderait dans la mise en œuvre du changement de mentalité que prône l'Etat à travers le ministère de la renaissance culturelle.

-Quel est votre dernier mot ?                                            

Soyons patriotiques pour hisser notre pays au rang d'autres nations.  Bannissons et barrons la route à tous ceux qui veulent mettre notre pays à feu et à sang et cela quel que soit leur bord politique. Surtout dénonçons toute injustice autrement, c’est-à-dire pacifiquement et sans casse.