Dr Halimatou Hima prend a bras le corps la question de l’éducation au Niger

Dr Halimatou Hima prend a bras le corps la question de l’éducation au Niger

-Bonjour Dr Halimatou Hima, merci de nous recevoir. Pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre parcours académique ?

Je suis Halimatou Hima, Nigérienne née et grandie à Arlit au Nord du Niger, où j’ai suivi mon cursus scolaire à l’école centre puis au CEG1 d'Arlit. Je suis présentement experte-conseillère au sein de l’unité de gestion du mandat du Niger au Conseil de Sécurité des Nations Unies

A partir de la 5ème , mes parents sont revenus vivre à Niamey, et c’est là que j’ai poursuivi mes études au collège Mariama, jusqu’en classe de première.

En 1ère je me souviens qu’il y avait le concours UWC United Word collège (collège pour un monde uni )qui se faisait de manière annuelle, je faisais partie de la 2èmepromotion, Ils étaient venu au Mariama, ils ont demandé le dossier des meilleurs candidats, et mon dossier avait été retenu pour une bourse d’études. Je ne savais pas ce que cette opportunité voulait dire à l’époque, car il n’y y’avait pas beaucoup de nigériens qui étaient partis avant moi, du coup je ne voulais pas partir, ma perception a l’époque c’était surtout de faire mon bac au Niger au moins. 

J’hésitais, et la dame qui s’occupait de la communauté nationale à l’époque m’a dit « Halima tu ne peux pas avoir une telle occasion et lui tourner le dos, elle me disait qu’elle croit beaucoup en moi et qu’elle me voyait aller très très loin »

 J’avoue que ses mots et ceux de mes parents et proches m’ont beaucoup encouragé. Et je suis partie comme ça à l’UWC et cela fut le début de toute une aventure. 

-Vos recherches analysent l'interdépendance entre les diverses formes d'inégalités, les résultats d'apprentissage et les opportunités, et vous étudiez davantage les tendances et les schémas qui peuvent expliquer comment et pourquoi certains élèves, en particulier les filles, réussissent à poursuivre leurs études, tandis que d'autres ne le font pas. Dans toute chose dans la vie il ya un début quel a été pour vous le déclic qui vous a poussé à embrasser ce domaine ?

Honnêtement pour moi le déclic a été mes voyages, surtout dans les zones rurales du Niger.

Quand j’étais en classe de 3ème , le Niger avait décidé de mettre en place un parlement des jeunes, et là aussi j’ai été sélectionné , après la sélection, à l’époque c’était les meilleurs élèves de tout le Niger qui se retrouvaient là-bas, c’était une magnifique  école de la démocratie, surtout une école qui m’a permise de connaître mon pays, il y’avait des jeunes de toutes les régions et départements du Niger Pendant mon mandat de Présidente de ce Parlement, la chose qui m’a le plus touchée c’était de voir les divergences qui y’avait entre les gens des zones urbanisées, et ceux des zones rurales.

C’était une école qui m’a permise non seulement d’apprendre, mais surtout de poser beaucoup de questions par rapport aux conditions auxquelles j’ai eu à être confrontée pendant les mandats de 2 ans. J’écoutais beaucoup, et je devais voyager, Je pense que ça vient de là.

-Quel est votre opinion sur l’éducation de la jeune fille dans notre contexte nigérien?

 Quelque soit le contexte, l’éducation est une des bases fondamentales du progrès. Aucun pays, aucune nation, aucune société ne peut valablement avancer en laissant derrière une partie de sa communauté, et cette partie de sa communauté importante ce sont les femmes, et les femmes ce construisent en étant jeunes filles 

Je pense quand on regarde la situation du Niger par rapport à l’éducation de la jeune fille, il y’a eu des progrès assez conséquents par rapport à l’accès, surtout quand on regarde le niveau primaire et cela à tout les niveaux. C’est quelque chose qui est à saluer, mais malheureusement quand on avance dans les niveaux supérieurs que ce soit même au secondaire, au lycée ou à l’université, on se rend compte qu’il y’a de moins en moins de jeunes filles, et cela est une situation qui devrait tous nous interpeller.

Pourquoi est-ce que  surtout dans les zones rurales les filles n’arrivent pas à aller très loin dans leurs études ? Et les raisons en générale on les connaît très bien, mais je pense un aspect fondamental qui est souvent mis de côté, et que j’essaie de mettre en avant dans mes recherches, c’est  le fait que, les parents même quand on les appelle Analphabètes , ce sont des êtres humains donc dotés d’intelligence, quand ils envoient leurs enfants à l’école, et que de ce fait l’enfant arrive en classe de 6eme , et que ce enfant n’arrive pas a lire et parfois même à écrire son propre nom, et bien il y’a des questionnements qui se font .

Donc je pense une des forces qui peut garder les filles à l’école que ce soit dans les zones rurales ou urbaines,  c’est vraiment l’amélioration de la qualité de l’éducation, sinon, on se pose des questions sur la valeur de l’école. Je sais qu’il y’a eu des avancées assez significatives en terme d’accessibilité, il y’a des écoles qui ont été construites un peu partout. L’école elle doit être de qualité pour permettre aux filles de s’y retrouver, de se voir et surtout de se projeter dans un avenir promoteur pour elles, pour leurs familles et leurs communautés.

Mais aussi un autre aspect concerne la parité en terme d’accès on n’y est presque quand on regarde le niveau primaire dans les zones urbaines, mais il y’a du travail qui reste a faire, surtout dans les zones rurales et surtout dans le secondaire. Et aussi quand on regarde certaines filières comme les filières scientifiques au niveau supérieur, il y’a très très peu de filles. 

- Quel est pour vous l’exemple de la femme autonome ?

Pour moi la femme autonome c’est cette femme, qui se lève  tôt le matin pour faire son petit commerce, pour pouvoir avoir son revenu pour s’occuper d’elle même et de sa famille.

Pour moi l’exemple des femmes autonomes ce sont aussi ces femmes que je vois parfois dans un gouvernement, dans les instances de prise de décision au Niger où la parité n’est pas atteinte. Je les admire quand je les voie dans ce milieu masculin, les femmes autonomes c’est aussi celles que j’ai eues également à côtoyer pendant la semaine des sciences que j’ai eu  l’honneur d’organiser, des femmes comme professeur Sidikou, qui gère le Centre National de la Recherche première femme nigérienne titulaire des Universités Cames. Je pense que c’est quelque chose d’assez extraordinaire. Je ne terminerais pas sans citer également ces femmes autonomes que je vois dans ma famille, ma mère, mes tantes qui se battent tous les jours pour se construire et surtout qui veulent transmettre certains de leurs rêves à leurs enfants.

-Quelle est votre perception du leadership féminin?

 Pour moi le leadership est un mot qui est assez complexe.

Pour moi la femme leader, ou l’être humain leader, c’est vraiment cette personne qui arrive à travers ces engagements et quelque soit le niveau à faire une différence positive autour de soi, que cela soit dans sa propre vie ou la vie de sa communauté. Un leader c’est surtout quelqu’un qui se bat pour amener du changement positif là où il le faut.

Aussi les femmes leaders ici au Niger ce sont ces femmes qui ce battent pour créer de l’espace pour les autres. 

Parmi  les femmes qui ont reçu le prix de la semaine des sciences, il y’a cette femme au grand cœur, Dr Djamila Ferdjani, que j’admire énormément. J’ai discuté avec beaucoup de gens qui la connaissent, pas que celle que vous voyons maintenant, mais celle qu’elle était avant, et je pense une chose qui revenait et encore et encore, ce que c’est une femme qui n’a jamais peur de tirer l’autre vers le haut,

Pour moi c’est vraiment ça un leader, pouvoir  tirer les autres vers le haut sans pour autant attendre quelque chose en retour. 

-Quel est votre dernier mot à l’endroit des femmes et filles nigériennes?

Je dirais à mes sœurs nigériennes aller au bout de vos rêves, de rêver grand et ne pas avoir. Avoir peur n’est pas grave, il faut continuer quand même.

Entourez-vous de personnes qui vous encouragent, c’est extrêmement important et le soutien de nos proches compte énormément.

Si moi j’ai pu arriver là où je suis, c’est surtout parce que j’ai eu le soutien de mes parents et proches. 

Rêver grand, même le mot impossible veut dire i’mpossible . « Don’t stop dreaming,

Never give up » 

Aller au bout de vos rêves